Alma (Prologues)

Joignant ses mains en arc, le menton lourd, seule accoudée à cette grande table, la jeune princesse Parisi laisse échapper un soupir : non, je n’ai pas faim. Le pouvoir ronge le ventre, gratte aux parois de l’estomac ; remonte, superfluide, des viscères au cou, colle aux muqueuses. Ça remplace toute nourriture. Alma se contente d’eau — De la belle carafe cristal, du verre en longues gorgées jusqu’aux muqueuses, dans le silence de la grande salle vide en plein midi.

Quel jour sommes-nous au juste, se demande-t-elle ? Difficile à dire : nous pourrions établir un calendrier inédit basé uniquement sur le volume des doléances, le nombre d’amendements par loi ; un mélange habile des deux.

Les dossiers, justement, s’arcboutent aux portes closes, poussent au faîte du palais ; ils sont là, ils pèsent et, lorsqu’Alma sortira de cette pièce, qu’elle croisera le regard du Protocole, entendra le nom de chaque rendez-vous — Et les doléances du peuple, et la prose bien apprise des lobbies — Alma devra tout contenir, s’en faire une armure, penser à Méridien, son père ; penser à Monomachine, aussi ; être une Parisi plus forte.

La salle-à-manger demeure fraîche malgré l’écrasante chaleur du dehors. Alma passe la plante de ses pieds nus contre les belles dalles du sol ; peut-être devra-t-elle condamner quelqu’un avant ce soir. Elle aimerait pouvoir demander à quelqu’un si elle est, vraiment, l’unique responsable du départ de sa famille pour le vieux Versailles. Le corps publique est une étrange maladie, se dit-elle alors : il absorbe le corps […]

Oh, mais, pourquoi couper ? Pourquoi si peu ? Pourquoi se contenter d'un avant-goût, hein, pourquoi ? Abonnez-vous et recevez à la carte les fragments de ce texte !

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