E.7

Ça traîne jusqu’à cinq heure jusqu’au moment où le premier gars se lève et que la clientèle se décide à abandonner son verre pour le perron humide ; on salue Le Petit qui baille déjà, on laisse quelques pièces du circuit court, on marchande sur des bons médicaux ou des tickets de rationnement. Personne n’est salarié ici, plus personne ne cotise rien, et c’est tellement évident que le sujet n’est plus abordé depuis des lustres. Dehors, c’est l’agréable faux silence des terres dépeuplées qui les accueille ; qui accorde seulement le ronronnement des usines au loin et qu’elle couvre malgré tout par les tremblements des feuillages.

Certains vont récupérer leurs chevaux, d’autres partent à pieds. Un plus âgé s’élance de sa jambe raide vers la mairie pour qu’on lui accorde une avance sur son rebouteux. Pour les autres, les derniers, un ou deux véhicules stationnent sur le bord de route (des machins rafistolés sur des moteurs rétrofités). On gueule contre l’état déplorable de la route, on gueule contre les vagues de fièvre typhoïde qui ne manqueront pas de battre la campagne.

Allez, viens minot, termine Borvo en traversant la route, la journée sera longue demain.

Oh, mais, pourquoi couper ? Pourquoi si peu ? Pourquoi se contenter d'un avant-goût, hein, pourquoi ? Abonnez-vous et recevez à la carte les fragments de ce texte !

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