A.2

Je vais te faire mettre sous anesthésie, prévient Borvo. Tu es venu, commente simplement en retour la voix faible du dataïste. Ses lèvres bleuissent, le corps semble avoir abandonné la moitié de son poids sous le drap et le lit qui le porte maintenant. La peau ? Blanche, presque grise malgré la complaisance des heures matinales. Sa main blessée disparaît sous les bandages, la nécrose déborde aux marges. Les cheveux battent la mesure sous le vent du purificateur d’air posé de travers sur une chaise imitation Louis XVI.

Mais d’abord, annonce Borvo au dataïste, je dois vérifier si ton mal est nanotech ou biologique. Le corps malade recule par réflexe — Ça changera rien à ce stade, assure Borvo. Il pique à la hanche entre deux hématomes, sur un patch nettoyé à l’alcool ; extrait un échantillon de sang qu’il analyse dans un boîtier pas plus gros que le poing. Bio. Okay, lâche Borvo, je n’ai pas voyagé pour rien.

Je dois pouvoir te sauver, poursuit-il en déballant son matériel, révélant tout un outillage qui ne nous parlerait pas vraiment, à l’exception du cardiotank que le dataïste remarque tout de suite : sa bouche s’ouvre, pas un mot et une respiration manquée, elle essaie de s’asseoir, ses yeux chargés de fièvre balaient la pièce, reviennent sur Borvo et le cardiotank en détresse. La maladie dissous le manteau unisexe de la fonction : elle n’a plus de dataïste qu’un titre, suspendue quelque part dans trois décennies d’âge adulte. Comment t’appelles-tu, minot, demande soudain […]

Oh, mais, pourquoi couper ? Pourquoi si peu ? Pourquoi se contenter d'un avant-goût, hein, pourquoi ? Abonnez-vous et recevez à la carte les fragments de ce texte !

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