La relique

Vu de près, la coque — Une demie calebasse, un segment de crâne — laisse dépasser de quelques millimètres l’activité grouillante qu’elle abrite et tente de se dérober au regard. C’est animal, se dit-on, des détails agités synchrones en mille-pattes, ça pédale dans le vide et cherche une accroche sous le couvert d’une carapace.

Méridien ne l’a pas remarqué tout de suite, ce détail, lorsqu’il a ramené cette pièce du désert, cette forme d’homme presque intacte au milieu de ses propres semblables fondus sous les draps de Marineris — intacte mais pas moins inerte.

Que leur est-il arrivé, à ces machines ? Un scientifique de passage, invité le mois dernier à l’Élysée à l’occasion (bricolée) d’un dîner caricatif, suggérait un sursaut gamma, une bouffée de radiations si forte et si soudaine… Mais cela n’explique pas l’existence même des automates, de leur absence aujourd’hui, du fait qu’il n’en est fait nulle mention dans l’histoire des hommes.

L’automate. Même inutile et à l’état de relique, il apporte une conclusion sèche aux mythes : le voici, andromorphe archéologique, et ce simple fait règle pas mal de questions. Une carcasse chargée de sens, l’automate repose à plat sur le sol (trop lourd pour être soulevé), à demi démantibulé aux jointures : les épaules sorties presque en totalité de leur logement, les mains selon un angle bizarre ; le bassin n’en mène pas plus large. Et le crâne, donc, ayant subi le même sort, la calotte dessoudée en son orient, avec ce drôle d’insecte hyperactif déraciné presque arraché de son support. Méridien le soupèse d’une main (le bloc tient à peine), les pattes pédalent avec la même frénésie, la même constance. […]

Oh, mais, pourquoi couper ? Pourquoi si peu ? Pourquoi se contenter d'un avant-goût, hein, pourquoi ? Abonnez-vous et recevez à la carte les fragments de ce texte !

S'abonner