Premier mouvement, suite

Trois semaines de chômage technique. Jaz compte les jours : dix-huit ouvrés à pointer au Bureau, s’asseoir au hasard dans les espaces ouverts fantômes que M&O n’utilise jamais ; attendre que le jour finisse dans un silence uni, sans interagir ou s’occuper autrement que par l’espoir d’une nouvelle audition, alors que la direction l’isole au point de lui interdire — À l’oral, bien sûr — d’entrer en contact avec qui que ce soit. Des cartons traînent au fond de la salle, des câbles furent tirés des plinthes avant d’être abandonnés en plein milieu d’une travée. Des téléphones bakélite décorent de leur poussière et leur asymétrie les tables abandonnées. Au moins, ils n’ont pas encore coupé l’électricité, se dit Jaz.

Que faire, donc ? Modder (comme dans "modifier des amorces de conformité"), bricoler des routines. Jaz nettoie et rallume de vieux topographes mis au rebus depuis que les amorces reçurent normes et standardisation des hermites d’Opérations Spéciales. Pas fous, lui disent régulièrement les collègues : ils fabriquent mais ne se mouillent pas. Déjà que ce n’est pas notre job, murmure Jaz à mesure qu’il recâble l’appareil : remplace une lampe, cleanwipe la mémoire, charge une ROM brandée qui traînait dans l’armoire des fournitures. Il ne risque rien ; il n’y a rien à tirer des autres. Trop vieux, désespérément grippés ou bons pour la casse. Le dernier survivant du temps jadis, Jaz le tire un peu du mur, un bon mètre tout de même, pour l’offrir en entier à sa manutention. Jaz tire une chaise pliante qui claque à l’ouverture, grince quand il s’y assoit. Jaz étale une poignée d’outils sur la vieille moquette d’entreprise. Bon. Quant à ces histoires de mission, c’est par pressions politiques — petite touche ici, un peu de lobby là — que les Opérations Spéciales ont fini par déléguer leur travail aux hommes de terrain qui n’avaient visiblement, eux, que ça à faire de leurs journées. Et OpSpec, pendant ce temps ? Allez savoir, répondent les plus sages : paraît qu’ils se recentrent sur la protection civile, les protocoles, l’audit, ces trucs. Jaz replie ces pensées quand il obtient […]

Oh, mais, pourquoi couper ? Pourquoi si peu ? Pourquoi se contenter d'un avant-goût, hein, pourquoi ? Abonnez-vous et recevez à la carte les fragments de ce texte !

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