Sang noir

Le solstice s’était éteint ; un clair de lune laiteux, apaisé, éclairait les ruines de la panagia — l’édifice consacré avait résisté à tant de siècles lourds, tant d’affrontements meurtriers, tant de querelles religieuses pour finalement céder au réveil des morts. Des loups gris rôdaient autour des décombres en une ronde solennelle ; plus loin, à l’écart du champ de bataille, un monticule signalait l’endroit, par une dague plantée dans la terre, où les cadavres avaient été enterrés — proies et prédateurs finalement réunis. Parmi les ruines, à l’emplacement du chœur détruit, trois jeunes femmes étaient agenouillées : deux d’entre elles murmuraient, la dernière écoutait le silence. L’indienne et la solitaire avaient parlé de tout et de rien : des années passées à l’académie, de leurs anciens camarades défunts, du déclin programmé de l’empire et de la république, des illusions qui naissent en toute faction goth ou péninsulaire, de l’échec de la civilisation blanche. Observatrice héréditaire de cet échec, Hateya éprouvait un mélange de pitié et de dégoût pour le peuple de Callisto. “Regarde, dit-elle, où tout cela les a conduits. Regarde le résultat des manigances de Hæmon et des croyances de Pallas. Regarde la vanité, la futilité et l’égoïsme qui animent tous les actes des enfants du vieux continent.” L’ex-future-officier de l’empire ne trouvait à redire à ce constat ; son détachement progressif des enjeux et des apprentissages de l’académie participait du même ressentiment. L’indienne condamnait sans appel les frères de sang de Callisto : “Désagréable en tout, la mine basse, l’aspect sauvage, la voix effrayante, l’odeur insupportable, le naturel pervers, les mœurs féroces, […]

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